Ibrahima Diedhiou
Graduate Student
bâtiment Olympe de Gouges, 7ème étage

Ecole doctorale : Economies, Espaces, Sociétés, Civilisations (ED 382)

UFR Géographie, Histoire, Sciences de la Société

Directrice de thèse : Catherine Mering

3ème année de doctorat

 

Entre exploitation et préservation des ressources ligneuses en Afrique de l’ouest : dynamique des paysages forestiers de la Sénégambie méridionale.

 

En Afrique, les ressources naturelles, base des systèmes de production locaux, ont toujours fait l’objet d’exploitation par les populations locales pour des besoins alimentaires. Cette exploitation jadis « fondée sur des principes soucieux de leur durabilité » a connu ces dernières décennies de profondes mutations, lesquelles ont exposé ces ressources à d’intenses pressions. Dans la zone soudano-sahélienne, cette situation accentuée en grande partie par le déficit pluviométrique des années 1970-1980, a rendu vulnérable les systèmes de production, favorisant l’installation progressive d’une pauvreté rurale. A cela, se sont ajoutées, les conséquences de l’évolution démographique, de l’urbanisation, de la globalisation du marché et de la spéculation foncière, lesquelles ont créé un décalage entre les besoins, les modes d’exploitation et de gestion, les ressources disponibles et les institutions chargées d’en assurer la régulation. Dans les pays comme le Sénégal, où plus de 60% de la population est rurale, la préservation de la pérennité des ressources naturelles est la principale base du développement économique et social.

Les résultats de la cartographie de l’occupation et de changements du sol des années 1960 à nos jours montrent une dynamique contrastée au sien de la Sénégambie méridionale. La partie sud se caractérise par une progression des ligneux tandis qu’au nord la situation s’est empirée au fil des années, cela malgré le retour de la pluviométrie depuis les années 2000. Dans une telle situation, on s’attend à ce que, les populations locales concernées, soient les premières à gérer de façon durable leurs ressources car indispensables à leur survie, à leur bien-être. Or ce sont elles qui les dégradent en premier. Pourquoi ? D’après les résultats des enquêtes, les populations locales ne se sentent pas en sécurité par rapport à leurs ressources, un sentiment qui les pousse à se comporter comme des braconniers de la nature. De l’autre côté, rappelons que la politique forestière, a exclu ces mêmes populations de la gestion de leurs ressources au profit de l’Etat, ce qui renforce ce sentiment d’insécurité des populations locales vis à vis de leurs ressources. Cette incompréhension a favorisé la mise en place d’un trafic illégal de bois en direction des pays frontaliers. Dès lors on passe d’un système de production dont l’arbre à la fois matériel et immatériel, était le fondement, à un système où celui-ci apparait comme un objet banal. La désacralisation de l’arbre est telle qu’aujourd’hui, il est difficile de parler forêts dans cette partie car la plupart des établissements classés sont réduits à quelques ilots d’arbres. L’exploitation des ressources ligneuses était régie par le droit coutumier qui ne cesse depuis d’être banalisé. Considèrent-elles leurs ligneux comme un patrimoine environnemental local ? Il ressort des enquêtes in situ que la perception des populations diffère selon le statut de la forêt. Pour elles, le patrimoine environnemental local se limite aux forêts et bois sacrés et que par conséquent les établissements sous la tutelle de l’état sont à exploiter sans retenue. Quel devenir pour ces paysages forestiers de la Sénégambie méridionale, concilier, exploitation et préservation des ressources ligneuses du moins celles qui restent, est-il envisageable dans un contexte de croissance démographique ? Entre exploit, réalité et utopie, conserver durablement ce patrimoine environnemental restant doit être une priorité sociétale.

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