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Article mis en ligne le 7 novembre 2013
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Thème « Précautionnisme, peur du nouveau et objets techniques »

Le 8 octobre, de 14 à 17 heures, salle 454 A du bâtiment Condorcet.

14h Gérald Bronner (Sociologue, LIED)

Perception du risque et précautionnisme

Les perceptions collectives du risque sont influencées par de nombreux facteurs : selon que le risque soit considéré comme subi, incontrôlable, crée par l’homme, craint ou non, qu’il soit distant ou fasse partie de notre quotidien, selon les caractéristiques sociales de ceux qui le perçoivent etc. Toutes ces variables sociales et psychologiques s’hybrident avec les invariants de la perception du risque. En développant plusieurs exemples, on examinera certains d’entre eux et la façon dont ils favorisent la diffusion dans l’espace public d’éléments de débats, portant notamment sur des enjeux technologiques (comme la diffusion de l’électricité par les lignes à Très Haute Tension) qui ne sont pas toujours raisonnables.

14h30 Sophie de Mijolla-Mellor (Psychanalyste, Paris Diderot)

La crainte irrationnelle du risque

Le risque peut être recherché activement comme un plaisir s’il renforce l’image narcissique du sujet mais, imposé de l’extérieur par ceux qui sont supposés protecteurs et compétents, il est insupportable et crée une attitude de repli anxieux à l’égard du nouveau. Ainsi, la peur liée à la gestion de l’énergie procède-t-elle largement de la déception en la confiance dans le savoir supposé intégral des savants et des techniciens et de la perte du confort de l’irresponsabilité, telle que la provoquent les catastrophes écologiques. Cette attitude s’apparente simultanément à une angoisse de déréliction de ne plus pouvoir continuer à croire en un environnement maîtrisable par la science faisant de l’homme le « maître et possesseur » de la Nature. On s’interrogera sur l’efficacité d’opposer des arguments rationnels à ces fantasmes et à l’angoisse en général.

15h Pause café

15h30 Vincent Bontems (Philosophe, CEA Saclay)

L’aliénation culturelle des techniques

Gilbert Simondon a dédié une part considérable de son attention non seulement à l’analyse mécanologique des objets techniques mais aussi à l’analyse psychosociale de l’évolution de ces objets dans un milieu social et culturel. Son point de départ est de relever une tendance culturelle, d’une part, à craindre le changement et la nouveauté techniques (le "misonéïsme"), d’autre part, à dénigrer la valeur humaine de la technique. C’est pourquoi, par exemple, les objets techniques souffrent souvent d’une sorte de "complexe d’infériorité" culturelle : ils dissimulent la réalité de leur fonctionnement. En outre, la projection de fantasmes sur la technique (le mythe du "soulèvement des machines", par exemple) témoigne de la méconnaissance de la réalité humaine contenue dans les objets techniques. Pour Simondon, on peut donc parler d’une "aliénation" culturelle des objets techniques, qui découle, selon lui, de leur statut d’"esclaves énergétiques" dans des sociétés soumises à une idéologie du rendement. Ces éléments d’analyse éclairent de façon originale le sentiment d’angoisse face à "l’accélération" des sociétés contemporaines en quête d’innovation permanente et la perte de sens de l’idée de progrès technique.

16h Frédéric Gros (Philosophe, Paris Est Créteil)

De la dette impossible au risque zéro

Le fameux " principe de précaution " n’est pourtant pas récent, mais son usage actuel s’est pourtant déjà fortement éloigné de son inspiration d’origine. Conçu comme un appel démocratique à la réflexion et un principe d’action devant l’absence de certitudes, réfléchi depuis l’horizon d’un bouleversement de l’équilibre planétaire, il est devenu un instrument médiatico-politique et un fantasme social : le désamorçage de tous les dangers – alors même que la vie n’est rien d’autre après tout que cette prise de risque indéfiniment reconduite face à la certitude de la mort. Il est temps d’interroger ce sens inédit et troublant de la sécurité et de comprendre à la fois son ancrage et ses effets dans nos vies et nos représentations.

16h30 Discussion animée par Mathieu Arnoux (Historien, LIED) et Christophe Goupil (Physicien, LIED)




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