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Article mis en ligne le 3 mars 2014
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SÉMINAIRE THÉMATIQUE LIED DU MARDI APRES-MIDI

Thème « Controverses dans les techno sciences »

Le premier avril, de 14 à 17 heures, amphithéâtre Pierre-Gilles de Gennes
Bâtiment Condorcet du campus Paris Diderot


La transition énergétique fait l’objet de nombreuses controverses qui mettent parfois les chercheurs et les ingénieurs dans des situations de militants. Des embryons de débats à ce sujet se sont présentés lors des précédents séminaires. Pour les analyser avec le recul nécessaire, la séance commencera par deux exemples complémentaires situés loin des passions que pourraient engendrer en séance les controverses typiques de la transition énergétique. L’exposé suivants abordera ces dernières avant de laisser place à une table ronde critique qui permettra d’aborder le débat final sur de saines bases.

Attention ce séminaire n’a pas lieu dans la salle habituelle.

L’amphithéâtre PGdG est au sous sol du bâtiment Condorcet.

14h Pierre-Henry Gouyon (Biologiste, Muséum d’histoire naturelle)

Quelle Nature pour quels Progrès ?

La perception de la Nature joue certainement, dans la façon dont nous souhaitons exercer nos choix, un rôle fondamental. Depuis Buffon qui déclarait que « La nature brute est hideuse et mourante », certaines visions du progrès se sont situées clairement en opposition vis-à-vis de la Nature. D’autres promeuvent une Nature foncièrement bonne et qu’il conviendrait de ne pas modifier sous peine de commettre le crime de transgression. On peut légitimement se demander si l’irrationalité n’est pas équitablement partagée entre ces deux bords. Et ne serait-ce pas sur ce type d’irrationalité que s’amorcent les controverses dans tous les domaines ?

Se superpose à la controverse entre une nature bonne et une nature mauvaise, une dualité entre une nature stable et une nature en évolution constante. Sur ce dernier plan, il est curieux de constater qu’alors que la science a clairement montré que l’Évolution concernait l’ensemble des êtres, plusieurs oppositions se font jour. D’une part, l’opposition religieuse fondamentaliste ne peut accepter de perdre l’idée de ce monde stable où l’humain a été placé, au sommet d’une échelle des êtres. Même quand l’idée d’évolution est acceptée, on voit souvent des affirmations du genre « L’Évolution a créé les espèces et, à la fin, l’Homme est apparu ». Une telle présentation des faits ne sous-entend-elle pas : « maintenant, ça y est, c’est stabilisé, on est arrivé au bout » ? Les récentes controverses concernant l’utilisation des biotechnologies (et le brevet sur les insertions d’ADN) concernent, entre autres, ce point.

La question est de savoir s’il nous appartient de figer une situation en modifiant à la marge des acquis ancestraux ou s’il faut faire fonctionner des mécanismes naturels complexes. Les ressources offertes à l’agriculture par le milieu naturel sont-elles renouvelables ou données, créées par le passé, stables ? Doit-on tenter de conserver la biodiversité ? Doit-on considérer que les semences sont une ressource fixe offerte par un processus mystérieux depuis le néolithique ? Doit-on « freiner l’érosion des ressources génétiques » ou (re)mettre en place les conditions de l’Évolution, génératrice de diversité ? Doit-on concevoir l’activité agricole dans le sens d’une « agriculture minière » qui exploite sans renouveler ? Doit-on garder les ressources génétiques congelées dans un grand frigo souterrain, une « Arche de Noé » moderne ou cela n’est-il qu’une survivance biblique ? Autant de questions qui engagent comme on dit aujourd’hui l’avenir de la planète (entendez l’avenir des humains sur la planète). Le scientifique plongé dans ces questions doit-il rester neutre ? Parlons-en !

14h30 Francis Chateauraynaud (Sociologue, GSPR/EHESS)

Quelle théorie de l’argumentation pour la sociologie des controverses ?

Ces dernières années, les usages du terme de « controverse » se sont étendus au point de désigner peu ou prou tous les processus critiques qui traversent les sociétés contemporaines. C’est particulièrement saillant à propos des sciences et des technologies, des enjeux sanitaires, environnementaux ou énergétiques. Ce faisant, la forme « controverse » mérite d’être mise en variation, et en tension, avec d’autres formes, comme la « discussion », le « procès », le « conflit », la « polémique » ou le « débat public.

Afin de lever un certain nombre d’ambiguïtés, voire de paralogismes, à l’œuvre dans les joutes polémiques concernant les rapports entre les mondes scientifiques et les publics, l’exposé prendra ainsi appui sur des dossiers comme l’amiante, le nucléaire, les OGM, les nanotechnologies, la pollution atmosphérique, le changement climatique ou encore les gaz de schiste, dont la description et l’analyse sur la longue durée sont en partie assurées par une équipe de sociologue numériques. Sur cette base il proposera trois lignes de clarification.

La première déploie les différentes versions de la « sociologie des controverses », depuis la théorie de l’acteur-réseau lancée dès la fin des années 1980 jusqu’à la sociologie argumentative ou la balistique sociologique de facture plus récente, étant entendu qu’il ne peut y avoir de « controverse » proprement dite sans confrontation d’arguments.

La deuxième ligne concerne l’usage de notions sociologiquement problématiques comme celles de « croyance », de « peur » ou d’ « irrationalité ». Ces notions ne peuvent servir de point de départ à la compréhension de ce qui rassemble ou oppose des acteurs. Il vaut mieux y regarder à deux fois avant de qualifier les comportements associés d’ « irrationnels ».

Dans un troisième moment, il convient d’interroger les échelles et les modes de confrontation auxquels ont recours les protagonistes lorsqu’ils défendent une cause ou, au contraire, tentent d’en réduire la portée. Nous nous y attarderons un peu plus pour tenter de comprendre les désaccords qui surgissent au cœur des expériences pratiques, lorsque les personnes ou les groupes doivent produire un minimum de repères communs et d’agencements collectifs.

Par contraste avec les approches qui privilégient l’entrée par l’histoire des idées, l’interprétation des sondages d’opinion ou le commentaire des études de psychologie expérimentale, comme dans le cas des « biais cognitifs », la sociologie pragmatique des controverses se nourrit d’une casuistique évolutive. Celle-ci ne permet-elle pas de suivre une multiplicité de processus saisis par les moments d’épreuves ou les bifurcations, qui voient se modifier les jeux d’acteurs et d’arguments ?

15h Pause café.

15h30 Table ronde : « Scientifique et/ou militant ? »

Daniel Boy (Socio politiste, CEVIPOF) ; Mathieu Brugidou (Sociologue, EDF) ; Guillaume Lecointre (Biologiste, Muséum d’histoire naturelle) ; Jacques Treiner (Physicien, Pierre et Marie Curie)

16h Débat final. Animateurs : Mathieu Arnoux (Historien, LIED) ; Fabienne Malagnac (Biologiste, LIED)



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